Paradoxe et schizophrénie managérial en entreprise !

L’entreprise peut-elle rendre schizophrénique ? Aujourd’hui OUI ! Là où le marché et le management en force sont rois, les salariés sont submergés d’ordres et d’objectifs parfois contradictoires : marier qualité et rapidité, allier coût bas et sécurité élevé, soigner la relation client et la productivité, etc.

Comment ne pas devenir fou face à tant de paradoxes ?

Déjà, dans les années 50, les psychologues de l’école de Palo Alto soulignaient les risques de ce phénomène dans les multinationales. Mais, depuis, qu’est-ce qui a changé ? Aujourd’hui, le paradoxe est un fléau contre lequel les salariés de tout type d’entreprise luttent, privé comme public. En 2015, les sociologues Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique se sont penchés sur le sujet de « l’autonomie contrôlée » dans leur essai, Le Capitalisme paradoxant. Il offre une analyse assez juste dans cet article[i] : « On demande aux individus d’être des canards sauvages apprivoisés ! Ils doivent être créatifs tout en étant conformes à ce qu’on attend d’eux. »

Gérer l’impossible !

Le marché règne en maître. Et avec lui, les objectifs, les outils de suivi et de contrôle, et si besoin divers consultants en management, coach et autres planeurs ou prédicateurs. Dirigeants, cadres et salariés subissent finalement la situation, essayant de courir dans le même sens. Aucun faux pas n’est alors permis. Ce n’est pas sans conséquences. Face aux d’exigences pour atteindre des objectifs abstraits et parfois inatteignables, chacun intériorise ses tensions, ses craintes, ses déceptions, ses désarrois. Pour éviter de perdre la raison, deux comportements apparaissent.

Les mécanismes de défense

Faire appel à son inconscient pour y enfouir ses peurs et doutes peut paraître LA bonne solution. Mais non ! Si on exécute tâches et missions, sans interroger le pourquoi, le comment et le “ou va-t-on”, alors apparait le syndrome du « tout va très bien ». « Les psys parlent de personnalités « as if » (on fait … « comme si »). « Ce symptôme de psychopathologie est aujourd’hui devenu un phénomène social », avance Vincent de Gaulejac. Mais attention, avec cette normalité de façade dans le travail, la schizophrénie professionnelle guette.

Résiste, prouve que tu existes !

Deuxième attitude pathogène : la résistance affichée, affirmée. Elle peut prendre différentes formes face à l’absurdité du travail à réaliser. Ainsi, le groupe, la distanciation et l’humour peuvent apporter une aide probante. Se moquer de situations ubuesques permet aussi d’y répondre au quotidien, sans s’y investir de trop.

Individuellement, on peut se poser en porte-à-faux en mettant en avant des valeurs ou pratiques contraires à la situation : la tranquillité face à la précipitation, le calme face à la colère, le refus de la course à la performance, etc. On peut aussi rechercher des appuis ou ressources ailleurs, dans d’autres métiers, ou le sens qui manque à la situation.

Quelle que soit l’option choisie, sur le long terme, ces pratiques, contraires à la recherche de performance affichée, se révèlent peu efficace pour résister à cette mise en tension. Tels des pansements sur des jambes de bois, ces solutions éphémères ne traitent que les symptômes du mal-être, pas de la cause.

A la recherche d’espaces de discussion

Les voix des observateurs avisés sont assez unanimes. Il manque des espaces d’échanges sincères entre salariés et encadrants. Ces groupes d’expression étaient pourtant présents en 1982 dans les lois Auroux, malheureusement peu appliquées, faute de véritable investissement des entreprises, des syndicats ou des salariés. Echanger sur le travail, ses objectifs, ses résultats, ses modes opératoires, c’est livrer son intime professionnel. Aussi le dialogue, pour des raisons culturelles et sociales, a été souvent bloqué.

Quarante ans plus tard, le constat est amer face au fléau du siècle : burnout et souffrance au travail.

Si certaines entreprises ne jurent que par les coaches en management, les stages pour dirigeants, la méditation collective ou la mindfulness (pleine conscience), peu offrent des espaces de réflexion et d’actions intégrés au temps de travail.

Cela manque un peu de partage te de bienveillance au cœur du travail, précise Danièle Linhart : « Créer des lieux d’échange véritable ne peut avoir de sens que si l’initiative part des individus eux-mêmes. Ces derniers pourraient déployer leurs compétences et leur expérience pour contribuer à inventer de nouvelles organisations du travail qui ne les rendent pas malades ».

Le CHSCT, et demain le CSE, doivent impulser et favoriser ces pratiques de mise en débat du travail au sein des services et des ateliers. Les salariés et l’encadrement n’attendent souvent que cela, sans jugement, où l’expérience et la connaissance sont mises en valeur.

 


  • ABONNEZ-VOUS A NOTRE NEWSLETTER
    nec risus. eget venenatis ante. libero.